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Des objets bouddhistes au grand jour, 1 ans après ISSn ISSn


BeautÉs de CorÉe

Le « begaenmo » une parure d’oreiller

© Le Musée de la broderie coréenne

L

e terme « begaenmo » désigne le capiton servant à orner les extrémités d’un oreiller de style traditionnel coréen, lequel diffère considérablement de son équivalent occidental, en particulier par son rembourrage composé d’éléments aussi divers que des haricots rouges ou mung, du son de riz, de l’ivraie du sarrasin ou des pétales de fleurs séchées qui prennent place dans une enveloppe en toile. Contrairement à la mollesse duveteuse appréciée à l’ouest, une plus grande fermeté et un encombrement plus faible caractérisent cet oreiller coréen de forme le plus souvent rectangulaire ou cylindrique. En outre, la coutume voulait qu’il soit agrémenté à ses deux extrémités de motifs pouvant consister en incrustations de nacre dites « najeonchim » ou de fines lamelles de corne de bœuf décorées à la main, les « hwagakchim », l’ornement de loin le plus prisé étant toutefois en broderie. Dans ce dernier cas, il s’agissait en général de symboles de bonne fortune et de longévité, mais ces décors variaient souvent en fonction du sexe et de la condition sociale de l’utilisateur, faisant ainsi alterner papillons et fleurs telles que la pivoine, l’orchidée, le lotus et la fleur de prunelier, qui avaient la préférence des femmes, tandis que le pin ou le bambou, évocateurs de la droiture, convenaient supposément davantage aux hommes. Lorsque cette pièce de literie était destinée à de jeunes mariés, elle pouvait s’orner d’un couple de phénix et de sept oiselets symbolisant bonheur conjugal et fécondité. Parmi les motifs de prédilection des Coréens d’autrefois, figuraient aussi des symboles de longévité tels que la grue, le cerf, le pin, la tortue et le « bullocho », c’est-à-dire le champignon de l’immortalité, ainsi que des idéogrammes chinois de bon augure.

Au temps jadis, c’est la mère qui se chargeait de broder ces décors à l’intention de son époux et de ses enfants, en y mettant tout son amour et en y apportant un grand soin, comme en témoignent des œuvres poétiques telles que ce texte intitulé « Mon amour endormi », que composa le poète coréen moderne Seo Jeong-ju () sous le pseudonyme de Midang et dont est extrait le vers suivant : « Mon amour endormi, je me fais grue en vol au bord de son oreiller ». La pièce représentée sur la photographie ci-dessus est constituée d’une extrémité d’oreiller royal brodée de symboles de longévité, comme l’indique son intitulé, et présente un décor de grues bleues et jaunes, ainsi qu’une frise en dents de scie censée éloigner la malchance. Selon Huh Dong Hwa, directrice du Musée coréen de la broderie et propriétaire de cet objet, les senteurs musquées qui émanent de cet accessoire démontrent sans conteste qu’il provenait du palais royal. L’Exposition de « begaenmo » qui s’est déroulée, au mois d’octobre dernier, au Musée de broderie coréenne du quartier de Nonhyeon-dong, à Séoul, a fourni aux visiteurs l’occasion exceptionnelle de découvrir la centaine d’extrémités d’oreillers de type courant ou royal qui composent une collection vieille de plusieurs décennies, celle de Huh Dong Hwa. Cet article de literie apporte un nouvel exemple de l’importance et de la valeur qu’accordaient les gens du peuple aux simples objets de la vie quotidienne qu’étaient les oreillers, dessus-de-lit et vêtements dont les motifs décoratifs, tout en rehaussant leurs qualités esthétiques, exprimaient un vœu de santé et de prospérité.


arts et Culture de Corée

Vol. 10, N° 3 Automne

Le chantier de restauration de la pagode en pierre du Temple de Mireuksa a permis la découverte d’un reliquaire en or renfermant un vase à sarira, ainsi que d’autres objets. © Seo Heun-kang

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Des objets bouddhistes au grand jour, 1 ans après 8

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La pagode en pierre du Temple de Mireuksa Kim Bong Gon

16 Les reliques bouddhistes de la pagode en pierre du Temple de Mireuksa

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Lee Kwang-Pyo

26 Le Temple de Mireuksa et la légende de Seodong Cho Heung Wook 70


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dossIers

Rénovation et réouverture du Théâtre d’art de Myeong-dong Kim Moon-hwan

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entretIen Kang sue Jin

La ballerine Kang Sue Jin éblouit le public mondial

| Chung Sang-Young

artIsan sohn dae-Hyun

De multiples couches à l’éternel éclat

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CHeFs-d’ŒuVre

Kim Hong-do capte l’esprit de Joseon

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Une rétrospective des trente ans du Festival de théâtre de Séoul Gu Hee-seo

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À la dÉCouVerte de la CorÉe John Walker

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sur la sCÈne InternatIonale Younghi Pagh-Paan

La compositrice Younghi Pagh-Paan donne le sourire aux mélomanes Kang Unsu

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Le haut degré d’évolution de l’artisanat d’époque Baekje se révèle sur les vases intérieur et extérieur du reliquaire en or qui renfermait des sarira, ces grains ou perles d’une matière semblable au cristal se trouvant parfois parmi les cendres des moines bouddhistes parvenus à l’illumination ou de 6 Koreana | Automne maîtres spirituels.


Des objets bouddhistes au grand jour, 1 ans après Le chantier de restauration dont fait actuellement l’objet la plus vieille pagode en pierre de Corée (Trésor national n°11) à Mireuksa, un temple construit sous le royaume de Baekje, a permis de découvrir des objets bouddhistes datant du septième siècle, notamment des sarira et diverses reliques dont l’état de conservation est jugé excellent et qui apportent des indications précises sur l’époque où fut édifié ce sanctuaire, ainsi que sur l’ omniprésence du bouddhisme dans la société d’alors.

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La pagode en pierre du Temple de Mireuksa Situé au royaume de Baekje, où il fut le sanctuaire le plus important de la période des Trois Royaumes (Ier siècle av. J.-C. VIIe siècle ap. J.-C.), le Temple de Mireuksa comporte aujourd’hui encore une pagode en pierre dont la restauration vient de révéler des objets bouddhistes qui datent du septième siècle et éclairent d’un jour nouveau les origines de cet ensemble d’édifices et la diffusion de la pensée bouddhiste dans la société d’alors. Kim Bong Gon, Directeur général de l’Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel Photographie Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel | Seo Heun-kang Photographe

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u mois de janvier , les fondations d’une pagode située au Temple de Mireuksa révélaient au grand jour une multitude de reliques bouddhistes qui gisaient enchâssées entre leurs pierres depuis près de mille quatre cents ans et allaient, de même que leur emplacement, éveiller un intérêt considérable dans la presse et les milieux scientifiques. Outre les sarira, ces grains ou perles d’une matière semblable au cristal qui se trouvent parfois parmi les cendres des moines bouddhistes ou maîtres spirituels incinérés, les lieux ont livré un texte traitant de la cérémonie d’enchâssement et datant de l’année dite « de Gilhae », laquelle correspond à l’an de notre ère. Cette précieuse source d’information permet non seulement de situer la construction du Temple de Mireuksa au septième siècle, mais vient aussi corroborer les hypothèses selon lesquelles les tuiles à motifs de lotus découvertes sur les lieux remonteraient à cette même époque.

Circonstances de l’édification du Temple de Mireuksa Trentième souverain du royaume de Baekje, le roi Mu (r. ) ordonna la construction du Temple de Mireuksa et consacra d’importants efforts à la réalisation de ce sanctuaire qui était à caractère national, tout comme celui de Hwang-

nyongsa, au royaume de Silla, mais se situait sur un site enclavé entre des galeries et de plus grandes dimensions conformes à son importance supérieure. Après la chute du royaume, Mireuksa n’en continua pas moins de prospérer, à en juger par la découverte sur son site d’ornements de bronze en forme de phénix et de tuiles d’avant-toit à motifs de feuilles de vigne datant de la période de Silla Unifié (). Sous la dynastie Goryeo (), il continua de servir de temple après avoir été reconstruit. Des fouilles antérieures avaient en outre permis la découverte de reliques d’époque Goryeo comprenant des tuiles décoratives qui venaient se placer sur les poutres de soutènement du toit, ainsi qu’un grand nombre de pièces de vaisselle en céladon. À l’avènement de la dynastie Joseon (), en favorisant l’extension du confucianisme au détriment des adeptes du bouddhisme, le pouvoir précipita le déclin de l’architecture bouddhiste à la faveur des palais et bâtiments officiels dont la construction prit son essor. Quant aux reliques d’époque Joseon, les spécimens très divers qui en ont été retrouvés se situaient

Le Temple de Mireuksa se distingue par l’implantation contiguë, au sud de sa partie centrale, de trois corps de bâtiments disposant chacun d’une porte intérieure. (Illustration de Baek Keum-lim) Automne | Koreana 


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principalement dans la partie nord du terrain, à proximité des actuelles cellules des moines, et laissent donc penser que la superficie d’origine a été considérablement réduite. Dans l’ouvrage Wayurok, que rédigea en Kang Hu-jin, il est écrit qu’un siècle auparavant, la foudre avait en partie endommagé la pagode du Temple de Mireuksa, qui s’élevait au centre d’une rizière. En outre, nombre de spécialistes s’accordent à penser que le temple fut un temps désaffecté suite aux invasions japonaises de à , entre les XVIe et XVIIe siècles. Avec le temps, il allait tomber dans un état de délabrement allant jusqu’à l’écroulement de ses différents édifices désormais à l’abandon, comme en attestent ces photographies du début du XXe siècle montrant la pagode en pierre à demi effondrée dans sa rizière. Au mois d’août , une équipe d’archéologues de l’Université Wonkwang allait, à l’occasion de ses recherches sur le site, découvrir l’emplacement de la pagode orientale, puis c’était au tour de l’Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel de Buyeo d’entreprendre sur les lieux, en , une campagne de fouilles qui s’inscrivait dans le cadre de la localisation de vestiges d’époque Baekje et allait nécessiter un chantier de dix-sept années. Ces travaux allaient révéler que

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le Temple de Mireuksa avait été doté en son centre d’une pagode en bois, laquelle était flanquée de part et d’autre de deux autres en pierre, ces trois constructions s’alignant le long d’un axe situé d’est en ouest et comportant chacune un Geumdang, c’est-à-dire un « pavillon d’or » septentrional. Par la suite, l’emplacement d’origine du sanctuaire allait être classé Site historique n°, et la pagode en pierre qui s’y dresse aujourd’hui encore, Trésor national n° Une exceptionnelle implantation Au sud, le Temple de Mireuksa est bordé par la chaîne du Mont Yonghwasan, qui s’étire d’ouest en est, et il fut édifié sur deux dalles de pierre dont l’une se situait au niveau de l’actuelle porte centrale, tandis que l’autre, plus à l’arrière, correspondait à l’emplacement d’un pavillon accueillant des réunions. À l’avant, se dressaient les portes du sud et centrale, entre lesquelles s’étendait une zone rectangulaire que délimitaient les galeries reliant les bâtiments. Au centre, trois parties médiane, orientale et occidentale étaient contiguës entre elles et possédaient chacune pagode, cour


1 À l’entrée de la cour de Mireuksa, ces mâts classés Trésor n° servaient autrefois à accrocher les oriflammes du temple. 2 Ces tuiles à motif de lotus et ces fa tières d’extrémité ouvragées, dites « mangsae », ont été découvertes au Temple de Mireuksa. 3 Image de synthèse de la pagode en pierre du Temple de Mireuksa. (Park Jin-ho) 4 La pagode en pierre avant sa restauration.

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intérieure et pavillon. Hormis l’unique pavillon réservé aux réunions, seule la pagode centrale se composait de bois, celles de l’est et de l’ouest étant constituées de pierre. L’agencement parallèle de ces trois parties représente l’une des caractéristiques de style distinctives des temples d’époque Baekje et l’un de ses sens possibles est à chercher dans un soutra où il est écrit qu’il advint un jour que Maitreya, le futur Bouddha habitant les Cieux de Tushita, à savoir le paradis des trente-trois dieux, assura le salut du genre humain en prononçant trois sermons. Le Temple de Mireuksa, qui est celui de Maitreya, a donc pour fondement philosophique, à l’origine, le culte voué à cette divinité alors vénérée dans toute l’Asie du Nord-Est et c’est dans le même esprit que s’explique l’enchâssement des trois images de Bouddha dans le Mireukjeon, c’est-à-dire le pavillon de Maitreya, du Temple de Geumsansa situé à Gimje. Par ailleurs, l’ouvrage intitulé Samguksagi (Histoire des Trois Royaumes) rapporte que le Temple de Mireuksa se composait à son achèvement de trois parties pourvues chacune d’un pavillon abritant une image de Bouddha et d’une pagode où se trouvaient enchâssés les sarira, les fouilles corroborant l’existence de celles-ci, ainsi que d’un bassin, et démontrant par là même l’exactitude de ces informations. Si l’architecture des temples est conçue pour intégrer les préceptes élémentaires du bouddhisme, alors celui de Mireuksa illustre par excellence l’application de la pensée philosophique du Bouddha Maitreya à l’implantation des lieux de culte. 3 Automne | Koreana 11


1 Cette photographie de la pagode en pierre du Temple de Mireuksa figurait dans le Joseongojeokdobo, un inventaire illustré des sites historiques coréens que publia l’occupant japonais à l’époque coloniale. 2 Plans de restauration de l’ensemble architectural du Temple de Hwangnyongsa. 3 Le Temple de Mireuksa vu du haut d’une montagne voisine. 4 La restauration de la pagode en pierre occidentale de Mireuksa a mis en concurrence différents projets, dont l’un proposait de ne reconstruire que trois niveaux et de réparer ceux restant (à gauche), tandis qu’un autre consistait en un démontage suivi de la reconstitution de l’aspect extérieur d’origine (à droite).

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Le Temple de Mireuksa est le fruit des efforts qu’un monarque de Baekje, le roi Mu, accomplit en personne pour faire édifier ce sanctuaire destiné à assurer bonheur et prospérité à son royaume et, en tant que bâtiment national, fit appel à l’excellent savoirfaire des meilleurs artisans et techniciens de cette époque restée célèbre pour le haut degré d’évolution de son architecture, comme en attestent les vestiges de celle-ci dans les États voisins de Silla et du Japon.

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Valeur architecturale Située à l’origine dans la partie orientale de l’enceinte, la pagode à neuf étages allait être reconstruite sur ses fondations en pierre, dans les années quatre-vingt-dix, en se conformant à son aspect antérieur supposé, tandis que celle de l’ouest, dont subsistent six des neufs étages en pierre, est aujourd’hui en cours de démontage en vue de sa restauration. Comme le stûpa indien dont elle s’inspire, la pagode a pour fonction de permettre l’enchâssement des restes de Bouddha et des moines tenus en grande estime. Composée dans les premiers temps de briques, elle allait par la suite évoluer pour prendre le plus souvent la forme d’un monticule funéraire arrondi, tel le Grand Stûpa de Sanchi. À partir de l’introduction du bouddhisme en Chine, le stûpa évolue pour se transformer en un pavillon de bois à plusieurs étages, la pagode, dont l’architecture est alors très répandue dans ce pays, puis lors de l’extension de cette religion sur la péninsule coréenne, qu’allait favoriser le royaume de Goguryeo, des pagodes en bois y feront leur apparition, à l’exemple du pavillon qui s’élève au Temple de Cheongamnisa, dans la capitale nord-coréenne. Grâce à l’abondante présence de granit en Corée, les pagodes de pierre y deviendront la norme et celle de Mireuksa possède ainsi une importante valeur architecturale, par la transition qu’elle a représenté, en Corée, entre ces deux matériaux. Si les pagodes en bois résultent du montage minutieux de différentes pièces et celles en pierre, de l’assemblage d’éléments plus grands et moins complexes, l’examen attentif de l’ouvrage de Mireuksa révèle que les bâtisseurs y ont le plus souvent procédé comme dans le premier cas. Matériau particulièrement vulnérable en cas d’incendie, le bois allait peu à peu se voir substituer la brique, en Chine, et la pierre, en Corée, tandis qu’il restait celui de prédilection dans un Japon plus prospère. En Corée, des pagodes composées de pavillons à étages feront leur apparition dans les premiers temps du bouddhisme,

celle de Mireuksa devant avoir été une construction de dimensions imposantes, à en juger par ses six niveaux restants qui s’élèvent à près de 14,2 mètres, mais aussi par la hauteur d’origine qui figure dans un document retrouvé à Geummaji, dans l’ancien canton de Iksan, lequel appartient à la province de Jeollabuk-do et constituait la circonscription de rattachement du Temple de Mireuksa. Cet ouvrage datant de , trentedeuxième année du règne du roi Yeongjo de la dynastie de Joseon, précise en effet que l’édifice était haut de dix « jangs », ce qui, à raison d’environ dix pieds par unité de mesure, faisait de lui non seulement la plus grande pagode en pierre de Corée, mais aussi d’Extrême-Orient. La réalisation de cette construction aux dimensions sans précédent dut faire appel aux meilleurs tailleurs de pierre et aux techniques architecturales les plus évoluées, témoignant ainsi du remarquable savoir-faire qu’avaient acquis les artisans et techniciens de Baekje. Le Temple de Mireuksa est le fruit des efforts qu’un monarque de Baekje, le roi Mu, accomplit en personne pour faire édifier ce sanctuaire destiné à assurer bonheur et prospérité à son royaume et, en tant que bâtiment national, fit appel à l’excellent savoir-faire des meilleurs artisans et techniciens de cette époque restée célèbre pour le haut degré d’évolution de son architecture, comme en attestent les vestiges de celle-ci dans les États voisins de Silla et du Japon. On sait déjà qu’en l’an , le premier d’entre eux fit venir un célèbre artisan de Baekje nommé Abiji pour superviser la construction de la pagode en bois à neuf étages du Temple de Hwangnyongsa et, l’achèvement de Mireuksa coïncidant avec le début de ce nouveau chantier, tout laisse supposer qu’Abiji y avait aussi participé. Dans le Samguksagi , il est dit que le roi Jinpyeong de Silla souhaita apporter son soutien à la réalisation de Mireuksa en envoyant des hommes y prêter main forte et cette initiative permet de penser qu’une coopération s’était instaurée dans ce domaine entre les Automne | Koreana 13


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deux royaumes, ainsi que l’échange des techniques et savoirfaire correspondants. Le Nihon Shoki (Chroniques du Japon), qui est le plus ancien document historique japonais, rapporte qu’au début du sixième siècle, époque où fut introduit le bouddhisme dans ce pays à partir de Baekje et où gouvernait Soga Umako, un dirigeant de la période Yamato, le royaume coréen y aurait envoyé architectes, maçons, tuiliers et peintres, en l’an , en vue d’édifier le premier temple bouddhiste du Japon, Asukadera. Dans ce sanctuaire, ont été découvertes des tuiles à motifs de lotus, de faible section ovale rappelant un pétale et aux extrémités relevées en pointe, en demi-cercle ou en triangle, une particularité de conception qui n’existe par ailleurs qu’à Buyeo, la capitale ultérieure de Baekje, et non aux environs de Gongju, qui en constitua la capitale précédente. Dans les temples japonais, l’influence de l’architecture d’époque Baekje est également présente à Shitennoji (Temple des Quatre rois célestes) dont l’implantation est caractéristique de ce style puisqu’elle comprend une porte intérieure, plusieurs pagodes, un pavillon de prière et un autre destiné aux réunions se succédant en ligne droite selon une orientation nord-sud. Les opérations de démontage Sous la domination coloniale japonaise, plus précisément en , la pagode en pierre de Mireuksa allait subir quelques réparations sommaires d’une efficacité toute temporaire, car se limitant à des injections de béton destinées à prévenir un effondrement total de sa structure et, au fil du temps, ce « replâtrage » allait d’ailleurs laisser paraître des signes de dégradation, tout en se colorant de noir sous l’effet des intempéries. Toutefois, 14 Koreana | Automne

après que des études sur le site eurent abouti à la reconstitution, en , de l’aspect que devait présenter la pagode en pierre orientale avant son effondrement, les autorités compétentes allaient faire établir un rapport d’études, en , en vue de la restauration de son pendant occidental et l’Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel, entreprendre en le démontage, pierre par pierre, des six étages restants de la pagode, en procédant du haut jusqu’en bas de l’édifice. C’est lors du démontage du deuxième étage que les chercheurs allaient mettre au jour plusieurs reliques parmi lesquelles figuraient un fragment de jarre en céramique datant de Silla Unifié, un morceau de tuile remontant à , c’est-à-dire au royaume de Goryeo, et des pièces de monnaie de la dynastie Joseon, plus exactement du XVIIIe siècle, autant d’objets amenenant les chercheurs à en conclure qu’après avoir été réparée, la pagode en pierre avait été reconstruite des années durant. Ils allaient aussi découvrir une colonne centrale en pierre correspondant au pilier central d’une pagode en bois et s’élevant du sol au sixième étage, mais aussi, entre les différents niveaux en pierre, la présence d’une couche de terre de cinq centimètres d’épaisseur qui faisait office de mortier pour répartir les charges et assurer le bon alignement des blocs. Le 14 janvier , les travaux allaient enfin révéler les nombreuses reliques que renfermait une chambre à sarira située sous les fondations centrales, la plus remarquable d’entre elles étant la châsse d’or, qui apportait par ailleurs des indications d’une valeur inestimable sur les circonstances de la construction du temple, ainsi que sur d’autres aspects connexes. Les opérations de démontage se poursuivant actuellement au niveau inférieur des fondations, il est prévu qu’elles arrivent


1 Ces pièces déposées lors du démontage de la pagode sont répertoriées avec soin en vue de leur conservation. 2 Cette coupe transversale de la pagode en pierre permet de constater que s’élève du sol au sixième étage une colonne centrale en pierre correspondant au pilier central d’une pagode en bois. 3 L’implantation du Temple de Mireuksa est représentée sur cette illustration tirée de l’ouvrage Mireuksa, qu’a édité en l’Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel de Buyeo.

pavillon destiné aux réunions

partie occidentale

partie centrale

partie

pagode en pierre occidentale

pagode en bois

pagodes en pierre orientale

mâts à oriflammes occidentaux

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à leur terme à la fin de l’année et il faudra attendre pour que soient entreprises celles de la réparation et de la restauration, lesquelles ont fait l’objet de plusieurs projets préconisant soit de reconstituer l’ensemble des neuf étages d’origine, soit de s’en tenir aux six qui existaient lors du démontage et c’est la seconde de ces propositions qui a été retenue, par souci d’authenticité, pour assurer la stabilité structurelle et en raison des difficultés que présentait une connaissance exacte de la forme d’origine. L’action de restauration Le Centre international d’étude pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM), une organisation affiliée à l’UNESCO et dont le siège se situe à Rome, ne donne son aval à des projets de reconstruction qu’à titre exceptionnel, notamment en cas de perte irrémédiable d’un bien du patrimoine occasionnée par une guerre ou de dommages matériels provoqués par des incendies et exige en outre que tout projet de reconstruction soit fondé sur des informations fiables sur l’aspect d’origine de l’ouvrage concerné. Si le Temple de Mireuksa répondait au premier ensemble de ces critères par les destructions que lui avaient causées la foudre et le feu, il n’existait en revanche pas d’éléments suffisamment probants quant à son apparence initiale, ce qui allait motiver la soumission de différents projets. L’un d’entre eux consiste en une reconstitution virtuelle des terrains et édifices du temple au moyen de logiciels infographiques, cette solution présentant l’avantage d’être peu onéreuse et de n’exiger qu’un faible coût d’entretien, mais ne permettant nullement de s’assurer concrètement de la structure de

mâts à oriflammes orientaux

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ces constructions. Il existe également la possibilité de ne reconstruire que les niveaux inférieurs des bâtiments et structures dont l’aspect a été avéré par les fouilles archéologiques, sans procéder à la modélisation de l’ensemble. Par ailleurs, la restauration pourrait consister à ne reconstruire que certains des bâtiments situés dans une partie donnée de l’enceinte, ce qui permettrait de les faire découvrir au public tels qu’ils étaient véritablement en se limitant à un budget modeste, tant pour la réalisation du projet que pour l’entretien. Enfin, la restauration pourrait viser à redonner au site toute sa gloire passée par la mise en œuvre d’un projet de reconstruction en vraie grandeur, une solution qui, aussi remarquable soit-elle, supposerait un énorme apport de fonds, beaucoup de temps et une grande maîtrise technique, or si cette dernière condition peut être satisfaite, celle des ressources financières n’en pose pas moins problème. En outre, une reconstruction d’une telle envergure soulève la question des éventuels dommages qu’elle pourrait occasionner à d’autres vestiges architecturaux, ainsi que d’une exploitation et d’une gestion ultérieures rentables du site. La reconstruction du temple sur un autre site permettrait d’éviter de porter atteinte aux vestiges architecturaux contigus en laissant ces derniers à leur emplacement, à la manière du déplacement des vestiges menacés de disparition par la construction du barrage d’Aswan. Avant d’entreprendre la reconstruction du Temple de Mireuksa, c’est la plus rationnelle de ces solutions sur laquelle il conviendra de porter son choix au terme d’une réflexion approfondie. Automne | Koreana 15


Les reliques bouddhistes de la pagode en pierre du Temple de Mireuksa Les reliques bouddhistes, dont des sarira, qui ont été découvertes dans la pagode en pierre du Temple de Mireuksa suscitent l’admiration par leur excellent état de conservation, certains objets tels qu’une châsse en or révélant aussi le raffinement artistique des artisans de Baekje, tout en donnant une idée de l’influence du bouddhisme sur les sujets de ce royaume et de la vie quotidienne de ces derniers. Lee Kwang-Pyo Journaliste culturel au Dong-A Ilbo Photographie Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel | Seo Heun-kang Photographe

Le reliquaire à sarira est une pièce d’orfèvrerie qui résulte d’une exécution complexe et possède une exceptionnelle valeur artistique. 16 Koreana | Automne


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epuis le mois d’octobre , une équipe d’archéologues de l’Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel effectue la restauration d’une pagode en pierre d’époque Baekje appartenant au Temple de Mireuksa qui s’élève à Iksan, une ville de la province de Jeollabuk-do, car cette construction à étages classée Trésor national n°11 menaçait de s’effondrer à tout moment et pour ce faire, il lui a fallu la démonter en commençant par le sixième et dernier niveau. En poursuivant cette délicate opération, elle l’a menée à bien jusqu’à la partie basse de l’édifice, où elle devait parvenir au mois de janvier dernier en redoublant de précautions, sachant que les objets sacrés bouddhistes sont le plus souvent enchâssés dans les fondations des pagodes.

Une mémorable découverte Au Temple de Mireuksa, en son genre le plus ancien et imposant de Corée, la pagode en pierre détient aussi les secrets du sanctuaire d’origine, aujourd’hui disparu, qui avait été édifié sous le règne de Mu, l’un des souverains du royaume de Baekje (r. ), et se composait de bois, cette construction marquant ainsi une transition entre l’emploi de ce matériau et celui de la pierre. D’un point de vue architectural, le corps de cet ouvrage présente les caractères distinctifs des constructions faisant usage de cette matière, notamment par ses portes, linteaux, piliers ou traverses, une telle innovation technique révélant à quel point les tailleurs de pierre d’alors étaient parvenus à maîtriser leur art. Dès son commencement, le démontage de la pagode s’est avéré être d’une exécution très longue et complexe en raison de la fragilité inhérente à sa structure inspirée des ouvrages en bois, c’est-à-dire composée d’innombrables éléments tels que piliers, portes et traverses qui, lorsqu’ils sont en pierre, ne peuvent rester longtemps sur pied et exigent du matériau en plus grande quantité que ceux des pagodes de type classique. Or, la multiplication de ces éléments structurels ne fait qu’accroître les risques d’effondrement, puisque le déplacement d’une pierre peut suffire à provoquer la chute d’autres et au final, l’affaissement de l’ensemble qu’elles constituent, tandis que dans le cas contraire, le bâtiment n’en est que plus stable et il en résulte donc que, par son architecture plus adaptée à l’emploi du bois, la pagode du Temple de Mireuksa courait aussi de tels risques. Ces inquiétudes allaient s’avérer fondées, car, des deux pagodes en pierre qui se dressent de part et d’autre de celle en

bois, la plus à l’est allait s’écrouler dès avant l’avènement de la dynastie Joseon (), tandis que l’autre allait subir d’importantes dégradations consistant en un effondrement de ses trois niveaux supérieurs, sur les neuf qu’elle comporte, et en un grand état de délabrement du corps de l’ouvrage, sur trois de ses faces, autant de signes alarmants qui allaient motiver le lancement, au cours de ces huit dernières années, d’un chantier de restauration à l’avancement lent, mais régulier. Aujourd’hui, les travaux se poursuivent au niveau du sol, dans la partie centrale située au-dessous des fondations, dite « simju », qui est constituée d'une large dalle sur laquelle repose le pilier central de la pagode et les experts s’interrogent sur le procédé le mieux adapté à la restauration proprement dite. Quand, au moyen d’une grue, les chercheurs ont lentement soulevé la dalle qui recouvrait la pierre des fondations centrales, ils n’ont pu retenir un cri de surprise à la vue d’un reflet d’or issu de la chambre à sarira où avait été enchâssé cet objet sacré. Au fond de celle-ci, étaient disposés sur une plaque en verre de couleur verte un reliquaire à sarira et les articles correspondants, un ensemble de « sarira jangeomgu », ces ustensiles destinés au culte des sarira, lesquels ont été enchâssés voilà près de mille quatre cents ans de cela dans l’espoir d’assurer bonheur et prospérité à la famille royale, ainsi que la bonne conservation du temple. Des quelque cinq cents objets qui ont été mis au jour sur les lieux, les plus remarquables se composent d’un vase à sarira

1 Ces perles de verre multicolores se trouvaient dans le vase intérieur du reliquaire en or. 2 Le reliquaire à sarira a été découvert, aux côtés d’autres objets, dans la chambre à sarira qui se situe sous les fondations centrales de la pagode en pierre du Temple de Mireuksa.

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Quand, au moyen d’une grue, les chercheurs ont lentement soulevé la dalle qui recouvrait la pierre des fondations centrales, ils n’ont pu retenir un cri de surprise à la vue d’un reflet d’or issu de la chambre à sarira où avaient été enchâssés ces objets sacrés.

1 1 Des pendentifs de couronne en argent et des pincettes en or, ainsi que d’autres articles, gisaient aussi dans une châsse située sous la pagode en pierre. 2 Le reliquaire en or est extrait avec soin de la chambre à sarira située sous la pagode. 3 La réalisation d’une étude minutieuse mettant en œuvre des équipements de haute technologie a permis de s’assurer que les fouilles pouvaient être entreprises sans occasionner de dégâts aux différents objets.

en or, d’un texte de l’an traitant de la cérémonie d’enchâssement et gravé sur une plaque en or, de six reliquaires en argent, de deux poignards ornementaux, de pincettes en or, de pendants destinés à une couronne en argent, de plaquettes d’or où sont inscrits les noms des généreux donateurs et de perles en tout genre. Lors de l’examen du reliquaire à l’aide d’un dispositif à balayage électronique, l’Institut national de la recherche sur le patrimoine détecte la présence d’un plus petit vase situé à l’intérieur du premier et renfermant douze sarira, ces grains ou perles d’une matière semblable au cristal qui se trouvent parfois parmi les cendres des moines bouddhistes ou maîtres spirituels incinérés, aux côtés d’autres perles et de fragments de verre provenant du récipient à sarira. Tout comme la pagode qui les abrite, ces reliques remontent au début du septième siècle. Symbolique du « sarira jangeomgu » Translitération coréenne du mot « sari » appartenant au « pali », le vocable « sarira » désigne les restes humains incinérés de Bouddha et d’autres maîtres spirituels, les premiers étant désignés par l’expression « jinsin sari » (sarira du corps véritable), et les objets sacrés tels que les sûtra énonçant les enseignements de Bouddha, par celle de « beopsin sari » (sarira du corps de dharma). En Extrême-Orient, la pagode représente une variante du stûpa, qui était à l’origine une tombe où étaient enchâssés les restes du Bouddha Shakyamuni et prenait la forme d’un monticule funéraire de forme arrondie, à l’instar 20 Koreana | Automne

des premiers monuments de ce type tels que le Grand Stûpa de la ville sainte indienne de Sanchi. Plus de deux siècles après la mort de Bouddha, Ashoka le Grand, troisième empereur de la dynastie des Maurya (r. av. J.-C.), croyant sincère et protecteur du bouddhisme, entreprit de diffuser ses enseignements et vérités au bénéfice du plus grand nombre, rassemblant dans ce but les restes de Bouddha que renfermaient huit stûpa différents pour les répartir parmi les quatre-vingt-quatre mille qu’il avait fait construire sur tout son territoire, car il espérait ce faisant encourager toujours plus de sujets à une quête spirituelle. Une partie de ces restes allait trouver abri dans les stûpa chinois et coréens, qui plus tard se transformeraient en pagodes. L’extension du bouddhisme entraînant bientôt la multiplication des pagodes et les restes authentiques du Bouddha Shakyamuni étant par nature limités, les sarira céderont la place à d’autres reliques qui peuvent se composer de sûtra, c’est-à-dire des préceptes de Bouddha, ou de perles évocatrices de sarira, mais prennent également place dans des châsses situées sous les pagodes. Elles sont le plus souvent logées dans un petit trou ou chambre qui a été ménagé sous les fondations centrales ou dans la partie basse de la pagode en vue de leur enchâssement aux côtés d’autres objets sacrés, la pagode devenant ainsi, de la tombe destinée au repos de la dépouille du Bouddha Shakyamuni qu’elle était au départ, objet de vénération et expression du symbolisme bouddhiste.


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1 Une plaque en or gravée d’un texte relatant avec précision la cérémonie d’enchâssement des sarira et fournissant aussi des indications sur les circonstances de la construction du Temple de Mireuksa est recouverte de laque rouge pour mieux faire ressortir les idéogrammes chinois qui s’y inscrivent. 2 Ces perles de verre témoignent du haut niveau de maîtrise de la verrerie sous le royaume de Baekje. 3 Une piécette en or où figure le donateur, un certain Jiyul, qui occupait le rang de « doeksol » , c’est-à-dire le quatrième des seize que comptait la hiérarchie à la cour de Baekje.

La chambre dans laquelle prennent place les sarira porte le nom de « sarigong », c’est-à-dire « trou à sarira », et le rituel par lequel ce dernier y est enchâssé s’appelle « sari jangeom », une expression qui signifie « vénération des sarira », les objets destinés à son accomplissement se dénommant quant à eux « sari jangeomgu », à savoir les ustensiles à la gloire des sarira. En règle générale, les « sari jangeomgu » comportaient en Corée plusieurs récipients, dont un vase de petite taille à l’intérieur duquel venaient s’insérer les sarira et qui était lui-même placé dans un reliquaire que l’on déposait dans un coffret enchâssé dans la chambre à sarira de la pagode. D’ordinaire, le vase à sarira se composait soit de cristal transparent, soit de verre de couleur verte, tous deux symbolisant la vérité éternelle des enseignements de Bouddha, le reliquaire qui l’accueillait pouvant quant à lui être constitué de différents matériaux tels que l’or, l’argent ou le bronze et prendre des formes aussi variées que celles de récipients circulaires ou rectangulaires, ou encore d’assiettes hexagonales, octogonales ou en forme de pavillon. Les objets en or d’époque Baekje La pagode en pierre du Temple de Mireuksa se distingue par la grande quantité d’objets qui y sont associés aux sarira (), ainsi que par la variété de ceux-ci, puisque l’on en recense dix-neuf types différents, notamment un reliquaire à sarira en or et une plaque d’enchâssement qui ont particulièrement intéressé les spécialistes. Par la beauté de ses lignes, le premier d’entre eux atteste remarquablement du haut degré technique et artistique qu’avaient atteint les artisans de Baekje. Mesurant treize centimètres de hauteur sur 7,7 de largeur d’épaulement, il comporte un orifice central fermé par un couvercle au rebord biseauté, à la poignée en forme de perle et à la surface gravée de fins motifs circulaires et de feuilles de vigne. Courbes élégantes, col élancé, légèreté de l’épaulement et du corps confèrent une grâce naturelle à ce récipient dont la beauté su-

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blime, de même que les décors qui ornent sa surface, n’ont pas leur pareil. Il renferme un second récipient, d’une hauteur de 5,9 centimètres sur une largeur d’épaulement de 2,6 centimètres, qui reprend les thèmes décoratifs du premier et où ont été découverts douze sarira aux côtés d’un assortiment de perles, ainsi que les débris d’un vase en verre de couleur verte qui faisait de ce reliquaire un spécimen traditionnel à trois niveaux dont il constituait le plus interne et auquel succédait un second récipient en or prenant à son tour place dans un autre du même métal. Le vase intérieur en verre ayant malheureusement été découvert brisé et en l’absence de toute preuve fiable en ce sens, on peut toutefois avancer l’hypothèse que les sarira aient pu véritablement abriter une relique du Bouddha Shakyamuni qui serait parvenue en Corée, cette supposition étant d’autant plus plausible si l’on pense au fort attrait qu’exerçait le bouddhisme sur les sujets de Baekje. Quant aux ornements qui viennent agrémenter la couronne en argent, ils témoignent d’une délicate exécution en tous points conforme à l’élégance sobre de l’art d’époque Baekje. Fines pincettes d’argent, perles aux formes et couleurs variées allant du jade au bleu fournissent autant d’exemples du haut niveau artistique qu’avait atteint le royaume au septième siècle, de sorte que les archéologues et historiens s’accordent à établir un parallèle avec l’encensoir en bronze doré de même époque qui a été classé Trésor national n° en raison de son excepAutomne | Koreana 23


1 Ces pincettes en or se trouvaient parmi les objets enchâssés. 2 Le reliquaire à sarira en or, la plaque d’enchâssement et les autres pièces livrées par la pagode en pierre de Mireuksa sont autant d’objets bouddhiques sacrés qui intéressent scientifiques et archéologues.

tionnelle valeur en tant que produit des beaux-arts du royaume de Baekje, leur découverte ouvrant ainsi un nouveau chapitre de l’histoire de ce dernier. La vie quotidienne au royaume de Baekje Si ce reliquaire en or atteste bien du degré d’évolution de l’artisanat de Baekje, les pendentifs de couronne en argent et les pièces d’or, ainsi que la plaque en or destinée à l’enchâssement des sarira, permettent de se faire une idée d’ensemble de la vie quotidienne dans les plus hautes couches de la société. Contrairement aux dix pendentifs de couronne en argent d’époque Baekje qui avaient été découverts antérieurement sans apporter d’éclairage particulier sur le contexte de leur usage, les deux spécimens qu’a livrés la pagode en pierre se situent dans un large champ temporel, puisque l’an est cité dans le texte évoquant la cérémonie d’enchâssement. S’il semblerait, de l’avis général, que ces pendentifs aient appartenu à des fonctionnaires de haut rang du royaume, il est moins évident d’expliquer la raison pour laquelle ces articles séculiers furent enchâssés aux côtés de reliques telles que les sarira. À ce propos, le Professeur Lee Han-sang, spécialiste en archéologie funéraire à l’Université de Daejeon et responsable 1 de campagnes de fouilles, émet la supposition que ces hauts fonctionnaires aient pu participer à la cérémonie d’enchâssement et qu’il aient déposé en offrande quelques articles de valeur leur ayant appartenu. Il attribue ainsi la propriété du pendentif en argent orné de cinq fleurs en bouton à une personne qui devait se situer au niveau dit « eunsol », c’est-à-dire au troisième d’une hiérarchie qui en comptait seize, et celle du pendentif à trois boutons, à un agent de condition plus modeste, la place occupée par les serviteurs de l’État étant donc proportionnelle au nombre de fleurs en bouton représentées, c’est-à-dire au travail réalisé sur chaque pièce. De ce point de vue, les deux pendentifs de couronne en argent évoqués représentent des vestiges d’une valeur inestimable pour l’étude des évolutions que connut la fabrication de tels ornements, mais aussi des dons effectués au bénéfice du culte bouddhiste. Parmi les objets mis au jour, figurent ainsi dix-huit pièces d’or qui auraient été en usage courant chez les sujets de Baekje et dont l’une, d’une valeur d’un « ryang », porte l’inscription 24 Koreana | Automne

du nom de son généreux donateur, « Jiyul, fonctionnaire occupant le rang de « jungbu » », c’est-à-dire le quatrième des seize de la hiérarchie. Pour sa part, le Professeur Sohn Hwanil, chercheur à l’Université Kyonggi et spécialiste de calligraphie, formule l’avis suivant : « Ces pièces d’or ont tenu lieu d’offrande lors de la cérémonie d’enchâssement, mais la mention « un ryang d’or » témoigne du rôle de devise qu’elles ont aussi joué », ce que lui concède le Professeur Lee Han-sang : « On peut raisonnablement supposer que ces pièces d’or ont eu une fonction monétaire ». En outre, la plaque en or sur laquelle s’inscrit le texte relatant avec précision la cérémonie d’enchâssement possède d’autant plus de valeur qu’elle permet une meilleure compréhension de la manière d’écrire et des coutumes propres au royaume antique de Baekje. Large de 15,5 centimètres et haute de 10,5, ce support en métal précieux est recouvert de laque rouge pour faire mieux ressortir les noms de donateurs qui y figurent en idéogrammes chinois, entre autres informations intéressant grandement les historiens par l’éclairage qu’elles apportent sur les circonstances de la construction du Temple de Mireuksa. À cet égard, le professeur Sohn Hwan-il souligne les analogies que présente ici la calligraphie avec celle des Dynasties chinoises du nord, ainsi que l’ajout ultérieur d’un caractère omis dans le texte, puisque, sur la ligne composée des caractères jin-yong-seon-geun (盡用善根) qui figure au verso de la plaque, le mot « cha » (此) signifiant « ceci » aurait été inséré entre ceux de « yong » et de « seon » pour désigner la construction du temple et l’enchâssement. Les différents objets constitutifs des sarira découverts sur les lieux permettent de mettre en lumière plusieurs aspects de la vie au royaume de Baekje, notamment sur les couronnes portées par les hauts fonctionnaires et leurs pendentifs, sur les coutumes cultuelles observées lors de la cérémonie d’enchâssement et sur la calligraphie. Témoignant de la foi enthousiaste qui en animait les sujets, ces pièces sont aussi l’expression d’une volonté d’étendre l’influence de la royauté au pays et dans l’au-delà, les historiens prêtant un sens particulier au passage suivant du texte qui figure sur la plaque d’enchâssement : « …que la vie de


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Sa Majesté [Daewang Pyeha] soit aussi solide que les montagnes et que son règne, aussi éternel que le ciel et la terre, répande le dharma dans l’au-delà et convertisse le peuple ici-bas ». Dans cette phrase, le titre de « Daewang Pyeha » correspondant à celui d’empereur de Chine traduirait un désir de mettre en relief le pouvoir considérable du monarque de Baekje, ainsi que sa magnificence qui en fait l’égal du souverain chinois, cette analyse étant tout à fait crédible eu égard aux liens étroits qui unissaient alors la politique à la religion. Au vu de toutes les déductions qu’autorisent ces objets dans les domaine politique, social et culturel, ils possèdent sans conteste une valeur inestimable à des fins d’étude de cette époque. La pagode en pierre de Wanggung-ri Non loin du site de Mireuksa, se dressent les cinq étages d’une autre pagode en pierre aujourd’hui classée Trésor national n°, celle de Wanggung-ri, une commune de la région d’Iksan. Dans le cadre des travaux de restauration dont elle faisait l’objet, les archéologues allaient y mettre au jour, en , différentes reliques relatives aux sarira, dont un reliquaire, un vase à sarira et une plaque en or où est inscrit un sûtra, l’ensemble de ces pièces constituant le Trésor national n° Si les avis sont partagés quant à l’époque exacte de leur production, les scientifiques la situent approximativement au neuvième siècle, c’est-à-dire sous le royaume de Silla Unifié ou aux premiers

temps de celui de Goryeo, certains se hasardant même à la dater antérieurement à Baekje. Les découvertes qui viennent d’intervenir au Temple de Mireuksa ne peuvent que relancer le débat sur la date et l’origine des reliques que renfermait la pagode de Wanggung-ri et dont Han Jeong-ho, le conservateur du musée de l’Université Dongguk, affirme depuis toujours qu’elles sont d’époque Baekje, tout comme celles du Temple de Mireuksa, ce dont attestent, à ses dires, leurs motifs de lotus et petits cercles très analogues par leur style comme par leur tracé. Par ailleurs, les deux pagodes présenteraient des fondations de même type par leur structure en croix se déployant autour d’un élément central. Toutefois, il s’en trouve aussi pour se montrer plus prudents, à l’instar de ce spécialiste de la sculpture bouddhiste qui déclare : « Il est intéressant de constater que les motifs des deux reliquaires à sarira se ressemblent, tandis que l’image bouddhiste découverte à Wanggung-ri date des neuvième ou dixième siècles, c’està-dire de la dernière période de Baekje ou de celle de Silla Unifié. Dans la mesure où le seul décor n’a pas valeur de preuve, rien ne permet d’affirmer avec certitude que la pagode de Wanggung-ri et ses reliques remontent au temps de Baekje ». Aujourd’hui ravivé par l’ouverture du véritable petit musée que constitue la pagode en pierre de Mireuksa, il y a donc fort à parier que le débat sur l’origine de ces objets a encore de beaux jours devant lui. Automne | Koreana 25


Le Temple de Mireuksa et la légende de Seodong Voilà peu, des fouilles archéologiques révélaient la présence, dans la pagode en pierre du Temple de Mireuksa, d’une châsse renfermant de nombreuses reliques bouddhistes datant du septième siècle et comportant, parmi leurs pièces les plus remarquables, une plaque en or apportant des informations précises sur les circonstances de la construction de ce sanctuaire et ses généreux donateurs. Cho Heung Wook, Professeur au Département de langue et littérature coréennes de l’Université Kookmin Photographie Institut national de la recherche sur le patrimoine culturel | Seo Heun-kang Photographe

La légende qui s’attache à la construction du Temple de Mireuksa veut que le roi Mu et son épouse Seonhwa, princesse de Silla, se soient rendus au Temple de Sajasa et qu’en chemin, une triade de Maitreya leur soit apparue, surgissant de l’eau d’un bassin, au pied du Mont Yonghwasan, Seonhwa ayant alors, sous l’effet de cette vision, imploré le roi Mu de faire construire un temple à son emplacement. 26 Koreana | Automne


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a chanson intitulée « Seodongyo», c’est-à-dire la Chanson de Seodong, appartient au style de la poésie dite « hyangga » qui, de l’époque du royaume de Silla aux premiers temps de celui de Goryeo, consista en textes coréens transcrits en idéogrammes chinois et sa composition est attribuée au jeune Seodong, qui allait devenir, sous le nom de Mu, le trentième souverain du royaume de Baekje (r. ). Alors qu’il entrait dans la capitale de Silla, l’actuelle Gyeongju, le futur monarque l’aurait entonnée pour séduire la princesse Seonhwa, troisième fille de Jinpyeong, qui régnait alors sur ce royaume. Un autre regard sur « Seodongyo» Dans l’ouvrage Samgugyusa (Souvenirs des Trois Royaumes), qui relate la légende de Seodong, il est fait mention de

« Seodongyo» à propos des circonstances de la fondation du Temple de Mireuksa, qui se trouve à Iksan, une ville de la province de Jeollabuk-do. Quand, à la fin de ce récit, le roi Mu se rend au Temple de Sajasa en compagnie de Seonhwa, qu’il vient de prendre pour épouse, une triade de Bouddhas Maitreya apparaît au couple dans l’eau d’un bassin situé au pied du Mont Yonghwasan et la reine exhortera alors son conjoint à faire édifier, sur les lieux même de cette révélation, un temple qui se dénommera Mireuksa. Dans l’esprit de beaucoup de Coréens, le roi Mu exprima ses tendres sentiments à la princesse Seonhwa, par-delà les frontières de leurs territoires respectifs, en composant la chanson « Seodongyo» et il ordonna l’édification du Temple de Mireuksa à la demande de son épouse. Or, des fouilles archéologiques ont révélé, voilà peu, la

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1 L’ouvrage intitulé Samgugyusa (Souvenirs des Trois Royaumes), au chapitre traitant du roi Mu, relate la légende de Seodong et les origines de la chanson de « Seodongyo », qui consiste en écrits galants adressés par le roi Mu à Seonhwa, princesse de Silla (Office du patrimoine culturel). 2 La pagode en pierre orientale du Temple de Mireuksa, restaurée en

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La chanson « Seodongyo » consiste en écrits galants adressés par le roi Mu de Baekje à Seonhwa, princesse de Silla, par-delà les frontières qui séparaient ces deux royaumes, mais c’est pour l’épouse et reine Seonhwa, que ce souverain fit édifier sous son règne le Temple de Mireuksa, alors les informations figurant dans le texte dit « saribongangi », qui est enchâssé dans sa pagode en pierre, ne sont-elles pas en contradiction avec cette célèbre légende ?

présence, dans la pagode en pierre du Temple de Mireuksa, d’une châsse renfermant de nombreuses reliques bouddhistes datant du septième siècle et comportant, parmi leurs pièces les plus remarquables, une plaque en or dite « saribongangi ». Celle-ci apporte des informations précises sur les circonstances de la construction de ce sanctuaire et ses généreux donateurs, notamment sur l’appartenance de la reine Seonhwa à la lignée des Sataek, contrairement à une opinion largement répandue, et sa découverte éclaire d’un jour nouveau le texte intitulé « Seodongyo», ainsi que les indications qu’il fournit sur les circonstances de la construction du Temple de Mireuksa. La légende de Seodong Le texte dit « Seodongyo», qui figure dans le deuxième tome du Samgugyusa , au chapitre consacré au roi Mu, relate ce qui suit. Le trentième monarque du royaume de Baekje était un homme répondant au nom de Jang. Sa mère, qui était veuve, fit construire une chaumière à proximité d’un bassin situé au sud de la capitale et conçut un fils du dragon qui vivait dans le bassin. Comme le garçonnet ramassait des patates douces pour les vendre, on l’appela Seodong, c’est-à-dire « le garçon aux patates 2 Koreana | Automne

douces ». Ayant appris qu’au royaume de Silla, la troisième fille du roi Jinpyeong était d’une grande beauté, Seodong se rasa la tête et partit pour sa capitale, où il se lia d’amitié avec des enfants en leur offrant des patates douces, puis il leur demanda de chanter la chanson « Seodongyo» qu’il avait composée. Celle-ci se répandit ainsi dans toute la ville, et jusqu’au palais royal, où les courtisans conseillèrent au roi d’envoyer la princesse en un lieu retiré et, lorsque celle-ci s’apprêtait à partir, la reine lui remit un sac d’or afin de pourvoir aux frais du voyage. Peu avant qu’elle n’y arrive, Seodong fit irruption devant elle, s’inclina et lui offrit d’assurer son escorte, ce à quoi elle consentit sans même le connaître ou savoir d’où il venait et par la seule bonne impression qu’il lui avait inspirée, elle le prit pour garde du corps, puis les deux jeunes gens s’éprirent bientôt l’un de l’autre. Dès qu’il furent parvenus au royaume de Baekje, la princesse lui présenta son sac d’or afin qu’ils fondent un foyer et, comme Seodong l’interrogeait à la vue du métal précieux, elle lui répondit qu’il s’agissait d’or et que celui-ci leur permettrait de vivre riches pendant cent ans ou plus, et Seodong de répliquer : « Quand j’étais enfant et que je ramassais des patates douces, il y avait de l’or partout dans la terre ». Surprise, la princesse lui fit la question suivante : « Puisque vous possédez le plus grand


trésor qui soit en ce monde, pourquoi donc ne le feriez-vous pas porter à mes parents, en leur palais ? » et il y répondit favorablement, puis il prit l’or et l’amassa en un haut monticule, après quoi il partit pour le Temple de Sajasa, au Mont Yonghwasan, afin de questionner le moine Jimyeong Beopsa sur le moyen de faire parvenir son présent à destination. Comme le religieux lui demandait de le lui apporter pour qu’il consulte les pouvoirs divins quant à sa livraison, la princesse adressa une lettre à ses parents pour leur en faire part, puis Jimyeong invoqua la divinité, qui transporta aussitôt l’or jusqu’au palais. Stupéfait de cette intervention divine dans ses bonnes fortunes, Jinpyeong en conçut une grande admiration pour Seodong, qui monta un jour sur le trône de Baekje, après avoir ainsi gagné la confiance du souverain. Un jour que le roi Seodong se rendait en compagnie de son épouse au Temple de Sajasa et qu’ils parvenaient en vue d’un bassin situé au pied du Mont Yonghwasan, une triade de Maitreya surgit de l’eau et, après qu’ils les eurent salués révérencieusement, la reine implora son époux : « Faites construire un temple ici même pour me plaire, car tel est mon souhait le plus cher ! ». Après lui avoir donné son acquiescement, le monarque repartit interroger Jimyeong, lequel adressa de nouvelles prières et le bassin se trouva bientôt comblé par de la terre qui provenait de la montagne et sur laquelle fut édifié, avec l’aide des hommes qu’envoya en grand nombre Jinpyeong, un sanctuaire 2 portant le nom de Mireuksa, c’està-dire « Temple de Maitreya » et pourvu d’une statue de la triade de ces Bouddhas, ainsi que de pavillons, pagodes et galeries. Le récit rapporté ci-dessus comprend ainsi deux parties distinctes consacrées, d’une part, aux jeunes années de Seodong et à son union avec la princesse Seonhwa, c’est-à-dire la légende de Seodong proprement dite, et d’autre part, à la fondation du Temple de Mireuksa, ces deux volets différant par leur caractère, puisque le premier consiste en un conte plaisant sans aucun lien avec la vie quotidienne ou avec le règne ultérieur de son protagoniste sous le nom de Mu. Dans le recueil Samgugyusa dont il a réuni les documents, le moine Iryeon fait lui aussi part de son scepticisme sur la légende de Seodong en présentant

celui-ci comme le fils d’une veuve, puisque la paternité de Mu était attribuée à Beop, roi de Baekje. En revanche, il y a abondance de preuves quant au rôle important que joua Mu dans la construction du Temple de Mireuksa. La légende de Seodong est un conte populaire que la tradition orale a transmis au fil des générations et dont les analogies avec ce type de récit apparaissent notamment par les conditions de la naissance de Seodong et de son accession au trône. Comme les héros et autres grandes figures de la littérature populaire, il ne descend pas d’un homme, mais d’une créature différente, en l’occurence le dragon. En outre, la découverte d’une grande quantité d’or qu’il fait en ramassant des patates douces et qui lui permet de gagner la confiance du roi, puis d’accéder au trône, est tout à fait réminiscente d’un conte dans lequel une fille cadette, qui a fui le logis familial après s’être querellée avec son père, rencontre un charbonnier qui fait fortune en découvrant d’innombrables pépites d’or. Cette origine populaire transparaît également dans la chanson « Seodongyo», que composa Seondong pour conquérir le cœur de la princesse Seonhwa dans une écriture ancienne faisant appel aux caractères chinois, le « hyangchal », et dont le texte, s’il est difficile à décrypter avec précision, peut approximativement se traduire comme suit : La princesse Seonhwa Se maria en cachette, Et le garçon aux patates douces La prit la nuit dans ses bras. La princesse Seonhwa se serait donc enfuie pour retrouver Seodong en pleine nuit, selon ces paroles d’une simplicité enfantine, telle une comptine qui peut facilement se retenir pour la chanter plus tard. Son caractère populaire, qui se retrouve toujours dans les chansons galantes, doit aussi avoir favorisé sa diffusion dans la population et jusqu’au palais royal. Un nouveau point de vue Selon le Samgugyusa , le Temple de Mireuksa, qui passe pour le plus grand sanctuaire bouddhiste de la période des Trois Royaumes (Ier s. av. J.-C. - VIIe s.), aurait été édifié par le roi Mu à la demande de son épouse, qui, dans le conte évoqué Automne | Koreana 2


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plus haut, n’est autre que la princesse Seonhwa du royaume voisin de Silla et se trouve donc, selon toute vraisemblance, à l’origine de cette construction. Or, parmi les nombreuses reliques bouddhistes du septième siècle que découvraient des chercheurs, au mois de janvier dernier, dans une châsse enfouie sous la pagode en pierre du Temple de Mireuksa, se trouvait une plaque d’or, dite « saribongangi », qui allait s’avérer particulièrement intéressante par les indications précises qu’elle fournissait sur les circonstances de la construction du temple et sur ses donateurs. Selon les inscriptions qui y figurent, et dont est extrait le passage suivant, les sarira furent enchâssés à cet emplacement sur ordre d’une reine issue de la famille Sataek, contrairement à une croyance ancienne voulant que Mireuksa eût été construit par Mu à la demande de son épouse Seonhwa.

le premier mois de l’an , dit de Gihae et correspondant à la quarantième année du règne de Mu. L’existence du clan des Sataek, qui figurait parmi les huit plus puissants que comptait l’aristrocratie de Baekje, est attestée par le monument connu sous le nom de Sataekjijeokbi, que fit élever Sataek Jijeok, un fonctionnaire ayant exercé au rang le

« Notre reine de Baekje, fille de Jwapyeong Sataek Jeokdeok, est rénommée pour la compassion dont elle a fait preuve à l’égard de notre peuple et pour sa défense du bouddhisme. De son plein gré, elle lui a témoigné sa reconnaissance en faisant construire ce temple et enchâsser des sarira au vingt-neuvième jour de l’an de Gihae ». Ce texte précise encore que la reine et fille de Sataek Jeokdeok aurait ordonné que cet enchâssement ait lieu dans la pagode en pierre occidentale du Temple de Mireuksa, durant 30 Koreana | Automne

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1 Le vase extérieur du reliquaire de sarira est composé de parties supérieure et inférieure, et comporte un couvercle. 2 Une foule nombreuse était venue admirer les reliques bouddhiques découvertes dans la pagode en pierre du Temple de Mireuksa, lors de l’exposition temporaire qui s’est déroulée au Musée Mireuksa d’Iksan, dans la province de Jeollabuk-do, pendant un mois.

© Kown Tae-kyun

3 À Buyeo, dans la province de Chungcheongnam-do, Gungnamji est considéré être le lieu de naissance du roi Mu, selon le Samgugyusa (Souvenirs des Trois Royaumes).

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plus élevé du royaume de Baekje, celui de « jwapyeong », et où il regrette, dans le texte qui y est inscrit, le caractère éphémère de l’existence et les heures de gloire de son passé. À en croire le texte se trouvant sur la plaque d’or de Mireuksa, ce serait donc une reine du clan de Sataek, et non la princesse Seonhwa, qui aurait pris l’initiative de la création de ce temple, mais encore est-il possible que Mu ait eu plusieurs épouses en quarante années de règne, ce qui permettrait d’en conclure que la princesse Seonhwa serait intervenue plus tôt dans cette construction et n’aurait donc pas assisté à la cérémonie d’enchâssement. L’aura mystique du Temple de Mireuksa S’il est écrit, dans les passages du Samgugyusa consacrés à Seodong, que Mu composa « Seodongyo », épousa Seonhwa, princesse de Silla, et fit édifier le Temple de Mireuksa à la demande de cette dernière, une analyse approdondie de ce texte livre une interprétation différente puisque, comme nous l’avons mentionné plus haut, les textes évoquant ce souverain relatent la vie de Seodong et les circonstances de la construction de Mireuksa en se fondant respectivement sur une légende et sur des éléments réels, les

seconds, d’ordre factuel, se situant ainsi dans le prolongement des premiers, qui sont de nature mythologique. Pour la plupart, les récits légendaires portant sur la construction d’un temple avaient pour objectif de conférer à ce lieu saint une grâce divine susceptible d’attirer les croyants et, dans les passages évoquant le choix de son emplacement, faisaient intervenir des phénomènes insolites d’origine surnaturelle, telle cette apparition à Mu et à son épouse d’une triade de Maitreya surgissant de l’eau d’un bassin, à la suite de quoi les souverains résolurent d’édifier Mireuksa sur ces lieux. Pour rehausser le caractère divin de la création d’un temple, le récit de celle-ci comportait souvent une dimension miraculeuse empruntée aux légendes populaires qui jouissaient déjà d’une grande diffusion, comme le fait celle de Seodong en mettant en scène le moine Jimyeong, alors le plus illustre religieux bouddhiste, et en établissant ainsi un lien entre la narration d’une vie et celle de la construction d’un temple, car la première, consacrée à l’idylle de Seodong et Seonhwa, était fort répandue chez les gens du commun et les auteurs de la seconde durent juger qu’ils pourraient en tirer parti au sujet de Mireuksa. En conclusion, il semble que la légende de Seodong soit assimilable à un conte populaire, tant par sa nature que par son mode de transmission, tandis que celle de la construction de Mireuksa par Mu repose sur des faits historiques et, si les deux récits furent au départ distincts, la composante amoureuse fut mêlée à cette réalité en vue de l’enjoliver. Automne | Koreana 31


dossIers

Rénovation et réouverture du Théâtre d’art de Myeong-dong Le Théâtre d’art de Myeong-dong rouvrait voilà peu ses portes suite à une rénovation qui est le fruit des efforts de divers organismes culturels dont l’action a été coordonnée dans le cadre de la Campagne de restauration des théâtres en vue d’une coopération d’autant plus louable qu’elle est sans précédent et qui est l’occasion de se remémorer l’histoire de la salle de spectacles qui en a bénéficié. Kim Moon-hwan Professeur à l’Université nationale de Séoul et critique de théâtre Photographie Théâtre d’art de Myeong-dong

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ne salle de spectacles exclusivement consacrée à l’art dramatique vient de rouvrir ses portes à Séoul, dans le quartier de Myeong-dong, qui se classe au premier rang national par sa valeur immobilière. Lors de sa création, ce théâtre avait été aménagé dans les locaux de l’ancienne cinémathèque du Meiji construite en , c’est-à-dire sous l’occuption japonaise, dont il conserve aujourd’hui encore le style baroque, dans sa partie extérieure, et qui devait son existence au directeur d’un cabinet d’architecture, Ishibashi Ryosuke, lequel allait aussi faire l’acquisition des locaux de Danseongsa, en , pour les transformer en une salle de cinéma rebaptisée Théâtre Daeryuk, de sorte qu’il fit bientôt figure de pionnier du théâtre coréen à Gyeongseong, c’est-à-dire la Séoul d’aujourd’hui.

La Campagne de restauration des théâtres Sous la dynastie Joseon, le quartier de Myeong-dong portait le nom de Myeongnyebang, qui désignait littéralement un 32 Koreana | Automne

lieu réservé à l’accueil des émissaires de l’empire chinois des Ming, mais le voisinage du Conservatoire royal de musique dit Jangakwon conduisit tout naturellement à lui prêter une vocation artistique. À l’époque de la domination coloniale japonaise, cette partie de la ville allait prendre le toponyme japonais de Meijicho et la salle de musique toute proche, se nommer dès lors Théâtre du Meiji, mais par la suite, le quartier allait se moderniser grâce aux activités commerciales qui s’y étaient développées tout autour de la Légation japonaise, dont le bâtiment abrite aujourd’hui le grand magasin Shinsegae. Prospérité et dynamisme n’allaient pas tarder à exercer leurs attraits sur les figures du monde de l’art ou de la culture et, si les établissements de commerce de détail ont aujourd’hui envahi ce quartier, celui-ci n’en demeure pas moins l’une des destinations touristiques de prédilection des visiteurs japonais à Séoul. À partir de , année de la Libération coréenne, la Ville de Séoul convertira l’ancien Théâtre du Meiji en une salle de

Le Théâtre d’art de Myeongdong rouvrait voilà peu ses portes après une rénovation complète du bâtiment qui l’abrite.

spectacle municipale dont elle fera usage jusqu’en , mais qui accueillera aussi le Théâtre national de Corée de à , conjuguant ainsi ces deux fonctions de à , jusqu’à l’achèvement de l’Hôtel de Ville. En , une rénovation d’ensemble du Théâtre national allait porter le nombre de ses sièges de 1 à , puis aux actuels qui représentent la capacité d’accueil d’une salle de dimensions moyennes. Lorsque s’achèvera la construction du nouveau Théâtre national de Corée, en , dans le quartier de Jangchungdong, le ministère de la Culture et de


l’Information attirera l’attention du ministère de l’administration publique sur les qualités du bâtiment qui abritait l’ancien Théâtre du Meiji et qui sera désormais exploité en location-gérance sous le nom de Théâtre d’art de Myeong-dong jusqu’à l’année , où le Cabinet Daehan Investissement et Finances et la Société de placement à responsabilité limitée Daehan en feront l’acquisition afin d’y aménager des bureaux, mettant ainsi un terme à sa longue vocation théâtrale. L’annonce par le Cabinet Daehan, en novembre , de son intention de rénover ce bâtiment, afin d’élargir ses locaux sur dix étages, créera une vive émotion dans les

milieux du théâtre, qui se mobiliseront pour mettre sur pied la Campagne de restauration des théâtres, puis en décembre , l’État rachètera le site à la faveur de la faillite du Cabinet, mais aussi, en grande partie, de l’action entreprise par l’Association des commerçants de Myeong-dong pour éviter la vente aux enchères publiques. Au mois de mai , au terme d’un chantier de cinq années, l’édifice allait ainsi retrouver sa vocation d’origine sous le nom de Théâtre d’art de Myeong-dong. Par le passé, celui-ci avait accueilli d’innombrables premières d’opéra et de musique orchestrale, ainsi que les pièces de théâtre mises en scène par la Compa-

gnie nationale d’art dramatique née de la fusion des troupes Sinhyeop et Mingeuk, notamment pendant la seule année , où l’Opéra national de Corée et la Compagnie nationale de Gukgeuk, dite aujourd’hui de Changgeuk, ainsi que la Compagnie nationale de danse, ont représenté les meilleures œuvres de leur répertoire, mais qui a aussi vu monter sur scène des chanteurs de variétés à succès tels que Hyeon In et Yoon Bok-hee. Le théâtre allait aussi accueillir les activités des compagnies de théâtre Dongin constituées par les associations de théâtre universitaires et situées au centre de cet art à partir des années soixante. Le dramaturge Automne | Koreana 33


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2 1 Un même local réunissait autrefois le Théâtre d’art de Myeongdong et le Théâtre national de Corée. 2~3

Le 5 juin dernier, une cérémonie festive marquait l’ouverture solennelle du nouveau Théâtre d’art de Myeongdong.

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Lee Bong-gu, qui se proclamait non sans impertinence comte de Myeong-dong, ne considérait-il pas le théâtre comme le plus important des arts en Corée ? Si toutes les formes d’art allaient donc pouvoir s’exprimer au Théâtre d’art de Myeong-dong, le théâtre allait tout naturellement y occuper une place de choix et tout rappel historique le concernant exige d’évoquer les productions de formations telles que la Compagnie nationale d’art dramatique.

Aux origines du Théâtre national Au lendemain du 15 août , jour de la Libération coréenne, le monde du théâtre reproduit le clivage droite-gauche qui divise la Corée, mais la proclamation de la 34 Koreana | Automne

République de Corée, qui intervient après une période transitoire de trois ans marquée par la résistance des communistes, puis leur fuite au nord, mettra aussi fin au chaos qui régnait depuis longtemps dans ce domaine artistique. Au mois de décembre , le ministère de l’Éducation se voit investi du droit d’autorisation de mise en scène des spectacles, qui relevait jusqu’alors de la compétence du Bureau d’information publique, et fait voter son projet de loi portant création du Théâtre national. Le mois d’octobre voit la mise en place du Comité de direction et la nomination du président de cet établissement qu’abrite un bâtiment d’une capacité de sièges, le Bumingwan, dans la rue de Taepyeong-ro

située au centre-ville, avant qu’il ne soit transféré dans les anciens locaux du Conseil municipal de Séoul. À partir de son ouverture, dont la célébration fera en l’objet d’une cérémonie, se succéderont sur scène des spectacles aussi variés que Wonsullang , une œuvre du théâtre de création, l’opéra traditionnel coréen Malli jangseong , l’œuvre lyrique de création Chunhyangjeon , qui est un opéra du type dit « changgeuk », ainsi que Noeu , une pièce de théâtre étrangère traduite en coréen, et ce, jusqu’à la Guerre de Corée, qui éclate en et entraˆne le déménagement du Théâtre national à Busan, et c’est dans cette ville qu’il s’apprête à rouvrir ses portes à l’initiative de son président, en octobre


, quand le refus auquel se heurte cette proposition contraint son auteur à démissionner, puis au mois de mai de l’année suivante, les pouvoirs publics optent pour son rapatriement à Séoul, mais c’est à Daegu qu’il lui faudra d’abord se déplacer à titre provisoire pour y assurer ses représentations dans les locaux du Théâtre culturel de cette ville. C’est en juin qu’il finira par revenir à Séoul pour s’y installer dans l’actuel Théâtre d’art de Myeong-dong, qu’il partagera avec certains services municipaux,

et en vertu duquel l’État apporterait un soutien qui ne serait pas assorti d’un droit de regard sur la création. Au sein du Théâtre national, allait aussi voir le jour un mouvement exigeant que cet établissement prenne ses distances par rapport aux théâtres privés, à but lucratif, et se démarque de leur production, sans parvenir à quelque résultat concret que ce soit au niveau de la politique et du budget de l’État jusqu’au soulèvement militaire du 16 mai Dans le gouvernement qui se forme à sa suite, le premier titulaire du minis-

tion de l’Opéra national de Corée et de la Compagnie nationale de Gukgeuk, l’actuelle Compagnie nationale de Changgeuk, et de la Compagnie nationale de danse.

La réouverture dans les années soixante Du 22 mars à la fin avril , un festival d’art marquant la réouverture du Théâtre national de Myeong-dong inscrira à son programme des spectacles tels que l’opéra coréen Daechunhyangjeon , une

La reconversion du Théâtre d’art de Myeong-dong dans la représentation d’œuvres dramatiques inédites inaugure un tout nouveau mode d’administration des théâtres nationaux coréens.

puis, dans le courant de la même année, que sera créée la Compagnie nationale d’art dramatique, laquelle ne survivra pas à deux années de conflits entre tenants de la tradition et de l’avant-garde. En dépit de la coexistence difficile qu’allaient connaˆtre ses deux compagnies de substitution, Sinhyeop et Mingeuk, comme deux familles différentes vivant sous le même toit, les groupes qui s’y produiront recevront un accueil enthousiaste d’un public déjà familiarisé avec les comédiens et comédiennes qu’il avait découverts au cinéma et, sans aller jusqu’à affirmer que la production cherchait à tirer parti de ce succès passé, force est de reconnaˆtre que nombre d’œuvres d’alors laissaient à désirer sur le plan artistique, si l’on pense en particulier à Wilhelm Tell ou à Crime et châtiment. Quand éclateront les émeutes estudiantines du 19 avril contre le régime suranné du président Rhee Syngman, un vent de révolution soufflera sur le Théâtre national dont le Comité de direction, que d’étroits liens unissaient jusqu’alors au gouvernement, sera alors soumis au feu toujours plus nourri de la critique. Nombreux sont ceux qui vont alors exiger une ouverture totale à la concurrence, selon un principe dit en anglais « arm’s length principle »

tère de la Culture et de l’Information n’est autre que l’ancien directeur de l’Agence d’information publique. Deux années durant, il a assuré la direction d’un plus petit établissement, le Théâtre Wangaksa, qui se situe dans la rue Euljiro, et se consacre avec passion au développement des arts. Dès lors, il n’est pas surprenant que l’une de ses premières initiatives d’importance ait été de rattacher le Théâtre national au ministère de la Culture et de l’Information, en octobre En outre, l’achèvement du Centre municipal, le 7 novembre suivant, laissait le Théâtre national libre d’occuper seul les locaux disponibles et allait alors s’ensuivre une rénovation de fond en comble de ce vieux bâtiment sur lequel aucun entretien n’avait été réalisé au cours des quinze années précédentes, des sièges à la scène, en passant par le chauffage et la climatisation, les toilettes et le hall d’entrée, à la suite de quoi c’est un bâtiment comme neuf, tout à fait propre, agréable et confortable qui allait être ouvert au public sous le nom de Théâtre national de Myeong-dong. Cette nouvelle orientation artistique allait aussi se traduire par l’enregistrement officiel de la Compagnie nationale d’art dramatique, ainsi que par la créa-

création lyrique intitulée Wangja Hodong et la pièce de théâtre Jeoleumui changga. Cette manifestation qui réunissait les quatre théâtres nationaux mentionnés ci-dessus, l’Orchestre symphonique et les chœurs de KBS, n’allait pourtant attirer que treize mille spectacteurs et, qui plus est, seulement une centaine par représentation à titre payant. Le Théâtre national de Myeong-dong y avait ainsi englouti l’ensemble de son budget et se trouvait dès lors contraint de mettre ses salles en location. À cela allaient s’ajouter des difficultés administratives aggravées par la nomination à sa tête de pas moins de cinq directeurs successifs en l’espace de ses deux premières années d’existence. Sa situation allait toutefois connaître un léger mieux grâce à la participation de six compagnies dramatiques aux festivités marquant le quatre-centième anniversaire de la naissance de Shakespeare durant un mois, à partir du 22 avril , chacune d’entre elles représentant l’une des plus grandes œuvres de l’écrivain, à commencer par Le marchand de Venise qu’interprétait la Compagnie nationale d’art dramatique. Si cette manifestation devait enregistrer une assistance sans précédent dans toute l’après-guerre, puisque trente-sept mille spectateurs y Automne | Koreana 35


avaient été dénombrés, l’embellie allait s’avérer de courte durée et, deux ans plus tard, le Théâtre national de Myeong-dong voyait ses subventions réduites de moitié par rapport au montant escompté pour le budge annuel, tout crédit supplémentaire étant de même exclu pour cette période, en dépit de la levée de boucliers suscitée par cette décision, et le nombre annuel de jours de représentation passant de quatre-vingts à trente. Dès lors, le Théâtre en était réduit à louer ses locaux pour assurer sa subsistance, mais l’ironie du sort voulut que les théâtres coréens dussent leur survie au seul dynamisme des compagnies d’art dramatique Dongin constituées par les associations de théâtre universitaires et génératrices d’un nouvel élan dans la vie théâtrale de cette décennie, notamment pour cette salle de Myeong-dong. L’œuvre Le Rideau sera tout de même levé , qui allait y être mise 36 Koreana | Automne

en scène au mois de mars à l’occasion du soixantième anniversaire de ce nouveau théâtre dit « singeuk » en coréen, allait ainsi prendre valeur de symbole de la détermination sans faille dont était animé un secteur artistique qui se trouvait pourtant au bord du gouffre. L’extrait suivant d’un article de presse permet de se faire une petite idée de cette situation : « Le Théâtre national de Myeongdong, l’unique salle consacrée aux arts du spectacle en Corée, est dans un tel état qu’il devra fermer ses portes tous les ans pour une durée de deux mois Par comparaison à d’autres salles, on ne peut que constater l’indifférence qui se manifeste à l’égard de ce théâtre pourtant en partie tributaire de subventions d’État destinées à encourager la création artistique à l’échelle nationale, notamment dans le domaine du spectacle. Il faut savoir en

effet que ses salles sont dépourvues d’installations de chauffage et de climatisation, ainsi que de groupe électrogène. Pendant une représentation de la pièce Les joyeuses commères de Windsor par la Compagnie Gwangjang, les comédiens ont dû jouer sur une scène éclairée à la bougie en raison d’une coupure de courant. Cette situation s’est reproduite lors de l’opéra Chunhyangjeon auquel assistaient plusieurs personnalités étrangères qui ont eu à déplorer une interruption de cinquante minutes du spectacle. » (Dong-A Ilbo, 20 décembre ). Survient alors l’adoption d’un train de mesures visant à améliorer la situation du théâtre coréen et faisant suite, d’une manière ou d’une autre, à une visite effectuée par le directeur de l’Agence d’intelligence centrale coréenne en Corée du Nord, où celui-ci aura la surprise de


découvrir les installations culturelles de grande envergure qui font la fierté de ce pays, notamment le Théâtre d’art Mansudae de Pyeongyang. Résolus à doter dès que possible la capitale d’une salle de dimensions comparables, les pouvoirs publics entreprendront, dans le quartier de Jangchung-dong, la construction d’un Centre culturel national sous forme d’un complexe dont l’un des bâtiments abritera le Théâtre national de Corée et, dès le 12 octobre , se déroule la cérémonie de pose de la première pierre. Le projet gouvernemental de financer ce chantier par le produit de la vente du Théâtre national de Myeong-dong sèmera le trouble dans une communauté artistique qui y voit le résultat de calculs politiques ne tenant nullement compte des intérêts d’ordre culturel.

ciens, le théâtre devant aussi être équipé d’installations de télédiffusion ». Au vu du déclin que connaissait alors l’art dramatique coréen, il s’en trouvait aussi pour se préoccuper de l’éventuelle interruption définitive des activités théâtrales en raison de ce chantier. Les quatre appels d’offres qui seront lancés en vue de la vente du Théâtre national de Myeong-dong s’étant soldés par un échec, les pouvoirs publics se résoudront à entreprendre, à partir du 12 octobre , une rénovation partielle au terme de laquelle la salle se verra rebaptiser Théâtre d’art de Myeong-dong, tandis que le Théâtre national de Corée s’installera dans la nouvelle localité de Jangchung-dong, le 26 août , puis le premier étant contraint de fermer ses portes en , il se verra à nouveau placé sous la tutelle du ministère de l’Administration publique, qui en vendra tous les locaux au mois de novembre

Un nouveau départ dans la production

Les travaux de rénovation du Théâtre d’art de Myeongdong visaient à conserver à ce théâtre son aspect extérieur d’origine, tout en rénovant et modernisant son intérieur pour le transformer en un centre de spectacles de haute catégorie.

D’aucuns remettent aussi en question la rentabilité d’un projet qui prévoit « de construire, sur trois étages et un soussol, des salles comportant au total mille cinq cents sièges ordinaires et cent trente loges, ainsi que des toilettes et une buvette dans chacune d’elles. D’une superficie de quatre cents pyeong, chaque scène doit être pourvue de dispositifs permettant aux éléments du décor de tourner, monter ou se déplacer latéralement et d’une fosse d’orchestre capable d’accueillir cent musi-

La réouverture du Théâtre d’art de Myeong-dong, suite à sa rénovation, sera saluée avec enthousiasme par les milieux coréens des arts du spectacle, notamment par ceux de ses représentants qui avaient connu la période difficile traversée par cette salle, et qui voient dans sa réhabilitation un retour aux sources de l’ensemble du théâtre coréen. La nouvelle allait aussi réjouir les membres les plus chevronnés de la profession comme le public, notamment les septuagénaires et octogénaires d’aujourd’hui, mais aussi le monde de la culture et de l’art dans son ensemble. Ce projet de restauration, qui prévoyait d’importants travaux, notamment un ravalement des murs exigeant le décapage de plusieurs couches de peinture, visait à conserver à ce théâtre son aspect extérieur d’origine, tout en rénovant et modernisant son intérieur, afin d’améliorer son caractère fonctionnel sans porter atteinte à son cachet historique et c’est ainsi que le Théâtre d’art de Myeong-dong allait être transformé en un centre de spectacles de Automne | Koreana 37


Scènes tirées de Un jour heureux de Jinsa Maeng, une œuvre satirique que rendit célèbre sa première représentation, en , dans le bâtiment qui abritait aussi le Théâtre national de Corée, et dont la reprise sur la scène du Théâtre d’art de Myeongdong, quarante ans plus tard, respectait à la lettre sa mise en scène d’origine.


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