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Le cours de peinture sumi-e d’un professeur à la triple casquette : artiste-peintre, enseignant et chercheur

Ruben Fuentes a une triple casquette peu commune pour un professeur donnant des cours de peinture loisirs à Paris. Il est en effet à la fois artiste peintre (il expose dans les galeries Felli et Dumonteil), chercheur (sa thèse de doctorat a porté sur le sumi-e) et il enseigne la peinture à l’encre de Chine.

La production artistique de Ruben m’a énormément plu et je vous invite vivement à la découvrir (par exemple sur son site personnel), mais dans cet article je me concentrerai essentiellement sur son enseignement du sumi-e. Il a lancé son stage parisien mensuel à l’automne Auparavant il donnait ce cours de peinture sumi-e à Valence en Espagne (site web de ses cours en Espagne, traduction française disponible).

Le sumi-e est une tradition de la peinture à l’encre de Chine présente initialement en Chine, au Japon et en Corée. Dans ses stages, Ruben l’approche par le biais de la peinture de paysage shanshui. Il s’agit d’un mot chinois signifiant « paysage » et composé de deux racines: shan (la montagne) et shui (l’eau). Le shanshui ce sont par exemple ces paysages de montagnes nimbées de brume, au milieu desquelles courent des rivières et où les personnages humains apparaissent minuscules.

Un stage de peinture ouvert aux grands débutants comme aux dessinateurs confirmés

Le public de ses stages de peinture est très varié : grands débutants en dessin attirés par l’esthétique du sumi-e, dessinateurs amateurs qui veulent s’essayer à une nouvelle technique, diplômés d’écoles d’art qui n’ont jamais suivi d’enseignement de la peinture à l’encre de Chine et veulent combler cette lacune&#; Aucune base en dessin ou en peinture n’est requise pour suivre ce stage. Il s’agit sans doute d’un des cours de dessin/peinture les plus accessibles que j’ai référencés au sens où la majorité des élèves n’ont pas d’expérience préalable en sumi-e.

Durant le stage les élèves travaillent par la copie de maîtres chinois et japonais ainsi qu’à partir de photographies de paysages. Outre les paysages, Ruben fait aussi parfois travailler les motifs des Quatre gentilhommes. Il s’agit de quatre plantes récurrentes dans la peinture orientale : l’orchidée, le bambou, le prunier et le chrysanthème. Mais surtout ne vous attendez pas à étudier le paysage shanshui et ces quatre motifs durant un unique cours de peinture d’une journée ! Ruben me dit qu’il faut consacrer au minimum  une journée à chacun de ces cinq thèmes pour en acquérir les premières bases.

Peinture d’observation, goût pour les nuances&#; et patience !

Avant de rencontrer Ruben et d’assister en observateur à une partie de son stage de peinture j’avais certaines idées préconçues sur le sumi-e. Je pensais qu’il s’agissait par essence d’une peinture très stylisée, intellectualisant la nature. Cependant l’approche de Ruben est bien celle de la peinture d’observation: la montagne peinte n’est pas un symbole de montagne mais une montagne réelle. Il faut s’intéresser aux particularités du paysage, jusque dans ses détails, et non coucher sur le papier un archétype de montagne. Sa pédagogie s’inspire de celle qu’a développée Betty Edwards (notamment dans son fameux livre Dessiner grâce au cerveau droit) qui vise justement à rompre avec le symbole et à s’intéresser aux particularités du sujet dessiné.

Chaque stage débute par une présentation théorique et générale de 30 minutes sur le sumi-e. Puis l’on commence à peindre. Ruben montre aux élèves comment couper des feuilles rectangulaires dans un rouleau de papier de riz au moyen de traits d’eau. Le papier se déchire très facilement et nettement là où le pinceau imbibé d’eau est passé.

Il propose un premier exercice : peindre de simples montagnes au moyen de deux traits de pinceau. Il montre aux élèves comment charger le pinceau en encre. On le trempe tout entier dans l’eau, puis on plonge les deux premiers tiers  dans de l’encre diluée, enfin on trempe la pointe, le premier tiers, dans l’encre pure. On obtient ainsi trois concentrations d’encre différentes sur les trois tiers du pinceau. En le plaçant à l’horizontale on peut donc peindre une pente de montagne riche de nuances. Une fois le coup de pinceau donné, et si nécessaire, une serviette en papier permet de fixer l’encre pour éviter qu’elle ne continue de se diffuser à travers la feuille.

Durant sa présentation théorique Ruben a bien insisté sur le fait que le vide est primordial en sumi-e. Le blanc du papier est essentiel pour rendre la brume. Pourtant, très rapidement, la feuille des élèves (tous débutants ce jour-là) se remplit de montagnes. Soucieux d’appréhender la technique du pinceau chargé des trois nuances d’encre, ils multiplient les traits et ils ont du mal à laisser suffisamment de place aux vides.

Je sens que certains élèves dont la feuille est bien remplie souhaiteraient en changer mais Ruben ne le propose pas. Il préfère que les élèves continuent de travailler les nuances (il montre à une élève débutante comment rattraper un trait trop fin et monochrome), ajoutent des détails, des contrastes, travaillent au « pinceau sec » (un pinceau fin chargé d’encre pure, parfait pour rajouter des détails, des arbres par exemple).

Ruben fait travailler par imitation. Il montre la technique et à charge pour les élèves de reproduire le geste. Il donne peu de consignes verbales, il est donc très important de bien observer la démonstration, notamment pour les débutants. S’il veut indiquer comment transformer une masse indistincte en rocher surmonté d’un arbre il va le montrer directement sur la feuille de l’élève. A charge pour ce dernier de le reproduire en un autre endroit de sa feuille pour acquérir la technique.

Un enseignement marqué par la philosophie et les pratiques zen

Le sumi-e est également très lié à la philosophie et aux pratiques zen. Ruben aime intégrer certaines de ces pratiques dans ses cours de peinture. Il fait souvent faire une méditation de cinq minutes à ses élèves pour les mettre dans une disposition d’esprit propice à la peinture : « Le zen permet de laisser de côté toute ses valises, de se placer dans une manière de vide, mais un vide positif, le vide bouddhique associé à la joie et à la légéreté. » Il propose aussi à ses élèves quelques exercices de tai-chi pour travailler la respiration, le qi qui est aussi un concept important en sumi-e.

Et également sur Haut les cours&#; Dans ses cours mensuels de dessin d’après modèle vivant, Marie-Christine Palombit introduit aussi quelques éléments de travail postural et de respiration par le biais du yoga.

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